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Interview d'Aurélien Gerbaultpar Olivier Pierre

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Olivier Pierre : Pourquoi avoir choisi de filmer ce portrait de Pedro Costa, cinéaste ?

Aurélien Gerbault : Il s’agit d’abord de rencontres... D’abord, la rencontre avec le cinéma de Pedro lors de la sortie de « Ossos » en 1998 et de « Dans la chambre de Vanda », etc... Progressivement, j’ai été intrigué par ce que je découvrais de son cinéma et aussi par les différentes interviews que je lisais. La façon dont il envisageait ses tournages, les idées qu’ils avançait : « Ne jamais être plus fort que ce qui se trouve devant la caméra »... J’avais envie de savoir comment était Pedro Costa, l’homme. Nous nous sommes donc rencontrés en France au moment de la sortie de « Où gît votre sourire enfoui ? » et ensuite à Lisbonne, pour les repérages du film, il y a environ trois ans. Cette rencontre m’a vraiment poussé à passer à l’acte, j’avais le sentiment qu’il fallait parler de Pedro et de son cinéma, cela me semblait important de faire connaître sa démarche et d’essayer d’en faire un film.

Le film est réalisé pendant le tournage de sa dernière fiction, En avant, jeunesse !, qui est également un documentaire sur certains quartiers de Lisbonne et ses habitants. Vouliez-vous aussi faire “un document” sur Pedro Costa, comme il l’évoque à propos de son documentaire sur Jean-Marie Straub et Danielle Huillet ?

Tout Refleurit 1

Non, je ne pense pas qu’il s’agisse vraiment d’un « document » au sens où Pedro l’entend pour « Où gît votre sourire enfoui ? »... J’ai essayé de capter le plus simplement possible le quotidien de Pedro à travers ses journées de tournage. La difficulté était plutôt d’être là sans trop déranger, perturber ce travail si fragile. Pedro et son équipe ont été très généreux avec nous - en fait, quand je dis « nous », il est souhaitable de préciser que nous étions seulement deux personnes : Fredéric Serve à l’image et moi à la prise de son et à la réalisation - sans doute autant que les Straub l’ont été avec lui mais il n’y avait pas de préméditation de ma part « d’imiter » son travail avec ces derniers. Je savais quelques petites choses concernant la composition de ses journées de travail sur « Vanda... » ou sur « Où gît... » cependant « En avant, jeunesse ! » est un autre film et Pedro réinvente à chaque fois sa façon de travailler. C’était donc très intéressant pour moi car il y avait des éléments que je retrouvais et d’autres qui me surprenaient et qu’il fallait intégrer à mon propre film.

Comment avez-vous envisagé la construction de ce portrait ?

Au départ, je ne voulais pas aller du tout sur le tournage de son film. Je ne voulais pas que cela fasse penser à un making-off. J’avais envie de le filmer avant et après chaque journée de tournage de manière à capter les confidences de Pedro sur le film en devenir, le cheminement de sa pensée, qu’il décide de nous lire des extraits des carnets de Yasujiro Ozu, etc... Mais ceci, c’est le dossier quand on l’écrit pour soi-même ou pour les commissions et tout cela... Faire le film, c’est autre chose et c’est justement cette confrontation entre ce que l’on a pensé ou écrit pendant longtemps et le réel qui est intéressante. On arrive à quelque chose de différent et qui d’une certaine manière est plus juste. Finalement, ce qui m’a poussé à suivre Pedro sur son tournage, c’est tout d’abord parce que cela donnait l’impression que c’était comme de filmer un artisan au travail. Filmer le travail, ses petits rituels, j’aime bien cela et je trouve cela juste en ce qui concerne Pedro car c’est un très grand travailleur. Il n’y a qu’une frontière très floue, très ténue entre sa vie privée et son travail. Progressivement, nous sommes devenus de plus en plus proche avec Pedro, c’est quelqu’un que j’apprécie beaucoup. Donc voilà, le film s’est construit de cette façon à la mesure de celui que nous filmions.

Comment avez-vous réfléchi dans le montage aux choix des extraits de films de Pedro Costa ?

Tout Refleurit 2

Anne Souriau (qui a monté le film) et moi avons beaucoup réfléchi à ce choix. La difficulté était de trouver des extraits qui devaient illustrer le plus justement possible les films de Pedro en veillant à ne pas les enfermer dans quelque chose de caricatural. Mais surtout, ils devaient s’intégrer le plus naturellement possible dans l’architecture du montage de « tout refleurit » tout en amenant des personnages tels que Nuno, Vanda ou les Jean-Marie Straub et Danièle Huillet.

Les plans de Pedro Costa dans le bus fonctionnent-ils comme un écho de sa méthode de travail, qu’il évoque dans une séquence : prendre le bus pour se rendre quotidiennement sur le lieu de tournage et improviser selon les rencontres ?

Oui et non. Oui, pour ce qui est de l’idée de quotidienneté du trajet en transport en commun. Même s’il ne filme pas, Pedro se rend presque tous les jours à Fontainhas ou à Boba, le nouveau quartier. Comme il dit dans le film : « Etre là tous les jours de l’année... ». Si vous voulez, il s’agit d’une sorte d’écho, de résonance à sa « méthode » de travail. Il est vrai que nous aussi, nous allions tous les jours retrouver Pedro et sa bande...
Et non, parce que pour ce film (« En avant, jeunesse ! »), je crois que très peu de choses ont été laissées au hasard et je crois qu’en dehors de quelques rares cas, il n’y a guère de place pour l’improvisation.

Il y a une importance des lieux justement dans son cinéma comme en témoigne cette séquence où il essaie de situer la chambre de Vanda dans les ruines du bidonville de Fontainhas.

Oui, c’est une des séquences que je préfère dans le film parce que c’est un très beau moment et aussi parce qu’elle recoupe des préoccupations qui nous sont communes. Pedro accorde une importance au lieu dans son cinéma mais il n’a pas la nostalgie du quartier de Fontainhas. Face à la démolition, les personnes qui peuplaient les lieux ont été relogées ailleurs mais sont toujours présentes dans ses films et c’est cela, je crois, le plus important. Pour ma part, j’aime le côté « archéologique » de ce moment : on a l’impression de voir revivre les ruelles et la chambre de Vanda à travers les ruines et la déambulation de Pedro. J’aime bien la façon dont il leur refait prendre vie.

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